Louis Leprince-Ringuet 1901-2000 Un savant au service de l'Europe
Physicien de renommée mais encore écrivain, peintre et grand sportif, Louis Leprince-Ringuet aurait eu 100 ans au printemps prochain. Ce grand savant français s'est éteint le 23 décembre dernier à Paris. Européen convaincu, Louis Leprince-Ringuet a soutenu la création du CERN. Dès 1956, il a d'ailleurs occupé le poste de Vice-Président du Comité des directives scientifiques avant d'en devenir le Président de 1964 à 1966.Diplômé de l'Ecole Polytechnique, Louis Leprince-Ringuet débute sa carrière dans les télécommunications, en tant qu'ingénieur au ser-vice des câbles sous-marins. C'est sa rencontre en 1929 avec Maurice de Broglie, directeur d'un laboratoire d'études des rayons X, qui révèle sa vocation de physicien. Louis Leprince-Ringuet sera durant dix ans l'assistant du savant avant de s'orienter vers l'étude des rayons cosmiques. Directeur d'un centre de recherche consacré à la physique nucléaire et aux rayons cosmique à l'Ecole polytechnique, il participe dans les années 30 à l'élucidation de ces rayonnements dont on ignore encore la nature. Son équipe est pionnière dans l'utilisation des chambres à bulles et l'observation des particules lourdes du rayonnement cosmique. Et son laboratoire verra éclore de grands talents de la physique dont Bernard Gregory qui deviendra Directeur Général du CERN.
Louis Leprince-Ringuet (à droite), en 1963, alors Vice-Président du Comité des directives scientifiques aux côtés de Francis Perrin l'un des fondateurs du CERN.
En 1949, Louis Leprince-Ringuet entre à l'Académie des Sciences et met son énergie au développement de la physique subatomique sur le vieux continent, persuadé que la France et l'Europe doivent s'équiper de grands instruments scientifiques. Il participe à la direction du Commissariat à l'énergie atomique fondé en 1951, s'implique dans la création du CERN, préconise la construction à Saclay, près de Paris, de l'accélérateur Saturne. Après la mort de Frédéric Joliot-Curie, il reprend en 1959 sa chaire de physique nucléaire au Collège de France et la direction de son laboratoire jusqu'à sa retraite en 1972. Louis Leprince-Ringuet savait aussi mettre la science à portée du public, publiant de nombreux ouvrages de vulgarisation scientifique et d'histoire des sciences. Membre de l'Académie française depuis 1966, il fut aussi un brillant pamphlétaire, embrassant des préoccupations aussi diverses que l'écologie ou le souci d'une énergie durable. Et il prônait avant l'heure une science au service de l'homme. C'était à ses heures perdues un bon peintre, un excellent skieur et un brillant joueur de tennis, disputant encore des matches à plus de 90 ans.
