Quand la sécurité au CERN rejoint la médecine
Qu'est-ce que le CERN et des organisations comme l'ESA et l'ESO ont en commun avec la neurochirurgie et l'aéro-nautique ? A première vue, pas grand chose. Sauf que dans tous ces domaines, la gestion de la sécurité est primordiale. L'expertise du CERN en la matière a récemment été mise en avant lorsque deux ingénieurs du Laboratoire sont intervenus dans une conférence internationale sur la gestion de la qualité et la maîtrise des risques en neurochirurgie.Le CERN est depuis longtemps considéré comme un centre d'excellence en physique, dont les retombées dans des secteurs comme la médecine sont unanimement saluées. Mais les compétences du Laboratoire pour le management de grandes collaborations internationales sont également de plus en plus reconnues. Pour preuve, les contacts noués par le CERN avec des organisations comme l'ESA et l'ESO ainsi qu'avec l'industrie. En 1998 par exemple, Airbus Industrie a organisé une réunion avec le CERN afin de confronter ses vues en matière de management de projet, de sécurité et d'assurance qualité.
La gestion de la sécurité est une spécialité reconnue du management de projet. Au CERN, ce sont la Division TIS et les responsables de la sécurité dans les divisions qui en sont responsables. Cependant, tous les membres du personnel et de la Direction, ainsi que les utilisateurs, contribuent à conférer au Laboratoire une véritable culture de la sécurité et une excellente réputation dans ce domaine. Pour ce faire, des instructions et des protocoles de sécurité ainsi que des outils de gestion ont été mis en place et sont tenus à jour. Rien d'étonnant donc à ce que deux experts du CERN, Bill Nuttall, Chef de groupe adjoint pour la Sécurité générale et l'hygiène, et Reiner Schmidt, Chef de groupe pour les questions de sécurité (GLIMOS) de l'expérience CMS, aient été invités à s'exprimer à cette conférence de neurochirurgie - même si ce domaine est très éloigné de la physique des particules. L'invitation faisait suite à une rencontre entre Helmut Schönbacher, Chef de la Division TIS, et l'organisateur de la conférence, le professeur H.-J. Steiger, au cours de laquelle les deux hommes ont reconnu l'existence de synergies potentielles entre leurs disciplines.
Les deux ingénieurs du CERN se sont exprimés lors de l'ouverture de la séance plénière de la conférence, entièrement consacrée à des intervenants issus de domaines extérieurs à la neurochirurgie. Ils ont ainsi côtoyé des noms prestigieux comme Charles Vincent, psychologue britannique, et le capitaine Dehning, chef pilote de la Lufthansa. Leurs interventions ont porté sur les 'Techniques d'analyse des risques et leur utilisation au CERN' et la 'Sécurité des nouveaux projets - la bataille contre la loi de Murphy'. La présentation de Bill Nuttall, qui a consisté en une approche pragmatique de la question, a naturellement conduit Reiner Schmidt à analyser la manière dont les facteurs humains peuvent contribuer à maîtriser la loi de Murphy. Il a évoqué quelques-uns des principaux points faibles de l'être humain qui affectent la sécurité (l'habitude, la perception sélective, la généralisation et la prise de risque). Il a ensuite abordé les avantages du travail d'équipe dans les hiérarchies horizontales, un mode de fonctionnement qui pourrait être appliqué efficacement en neurochirurgie.
Le partage des connaissances n'a pas été à sens unique. La conférence a démontré que la neurochirurgie peut également être source d'enseignement pour le CERN et les autres disciplines. Ainsi, lors d'une intervention délicate, un neurochirurgien peut voir son comportement et son temps de réaction varier de la même manière qu'un pilote confronté à la perte d'un autre moteur lors d'un atterrissage d'urgence. La communauté médicale a déjà retenu la leçon et envisage l'utilisation de simulateurs pour que les chirurgiens puissent s'entraîner comme le font les pilotes de ligne. Les représentants du CERN ont également pu noter les efforts de la communauté médicale pour que la compétence des équipes médicales sur le plan de la sécurité reste une priorité absolue alors que les contraintes administratives, budgétaires et juridiques sont de plus en plus lourdes. Ce sont quelques exemples d'échanges suscités par cette conférence qui ont donné aux représentants du CERN de quoi méditer sur le chemin du retour.
